Il fut une époque où le Sahel s’appelait Byzacène

Il fut une époque où le Sahel s’appelait Byzacène, il s’appelait également Byzacenis ou Byzacium, ou encore Buzâqium, ou Bustis, mais aussi Musâq ( مزاق )

Depuis l’Antiquité le Sahel représentait, et représente toujours, une entité géographique et civilisationnelle cohérente. Sous la domination byzantine, cette région était l’une des sept provinces du préfectoire d’Afrique qui s’étendait jusqu’à l’océan Atlantique. Historiquement, le Sahel a toujours été une région d’échanges, en l’occurrence, un territoire de commerce, de tourisme et de pèlerinages.(1)

Les historiens et les géographes grecs désignaient le Sahel par les mots Busâqis ou Bustis, comme l’avait écrit l’historien grec Polopius ( 102-202 avjc) en parlant d’un traité maritime signé entre les Carthaginois et les Romains. (2)

De leurs côtés les historiens et les géographes romains l’avaient désigné par le mot Byzacium, ce mot on le retrouve par exemple dans les écrits de Titos Lioyos ( 64/59 avjc- 10 apjc). (3)

Les byzantins appelaient cette région, Byzacène ou Byzacenis, comme l’avait inscrit le linguiste grec Stifanus le byzantin ( 5ème siècle ) dans son encyclopédie géographique et historique. (4)

Dans les ouvrages arabes, on retrouve le mot Musâq et le mot Mosâqiyine ( المزاق و المزاقيين ) qui servaient à désigner le Sahel et les Sahéliens, et pour certains comme Ibn Abd Alhakam, toute Ifriqia s’appelait Musâq. (5)

Toutes ces appellations, utilisées aux travers de l’histoire pour désigner le Sahel, ont certainement un même noyau linguistique, probablement Libyque ( berbère ), en l’occurence le mot Musâq ( مزاق ), qui a été « romanisé », « grécisé » et « byzantinisé » pour donner tous ces noms présentés ci-dessus, comme le postule Dr Hcine Fantar, et qui attribut, par la même, au mot Musâq les mêmes sources linguistiques et sémantiques du mot Mazighe ( ou Amazighe ), moyennant des modifications et changements phoniques et phonétiques advenant probablement des différents exodes et occupations. (6)

Plus tard, pendant l’époque Arabo-musulmane, les noms des lieux en Tunisie avaient subi des arabisations, ainsi que de nouvelles nominations purement arabes. Jusqu’à la veille de l’époque moderne, on a convenu à donner à chaque région Tunisienne un nom, comme Al Jarid, Al A’radh, Al Sahel, Al Dakhla, etc…( certaines appellations comme le Sahel et le Jarid sont toujours utilisées). Le Sahel, et contrairement à ce que l’on puisse imaginer, comprenait également toute la région de Sfax jusqu’au golf de Gabes. Les Sfaxiens, ou précisement certains habitants de la région de Sfax, était alors « Sahéliens » ( on remarque toujours des similitudes entre les habitants du Sahel et certains des habitants de cette région comme, par exemple, les habitants,de Jebeniana ou de Kerkena dont les dialectes, les modes de vie, les habits et les traditions se rapprochent énormément de ceux des Sahéliens ) et ce jusqu’au « détachement » de Sfax, symboliquement et administrativement parlant, du sahel, ce qui a permis au sahel de retrouver en quelques sortes sa définition et ses limites territoriales antiques, puisque l’actuel sahel, composé des trois gouvernorats, de Sousse, de Monastir et de Mahdia, correspond en grande partie, à la province romaine de Byzacène. (7)

De Byzacène à Bouhsina :

En discutant avec mon cher ami Anouar Safta, artiste plasticien et enseignant à l’école des beaux arts de Sousse, sur l’appellation byzantine du Sahel, en l’occurrence Byzacène… il a posé une excellente exclamation interrogative, qui ne pouvait être que sienne – vu son œil de lynx, son flair et ses fortes aptitudes d’observation et de mise en interrogation – sur le rapport qui pourrait exister entre les mots Bouhsina et Byzacène.

Étant donné que le quartier de Bouhsina à Sousse, n’est autre que mon quartier, car c’est exactement là où j’ai grandis et perçu le monde, la maison de mes parents étant toujours à Bouhsina. Alors, je m’avais posé moi-même pendant mon enfance et mon après enfance, des questions sur les sources étymologiques du nom de mon quartier, sauf que je n’avais pas l’aptitude de pouvoir créer le rapport entre le nom de Bouhsina et ses catacombes et vestiges, malgré que j’étais admirateur et inquisiteur pendant toute cette époque de ces lieux mystérieux. Mais j’avais arrêté de m’interroger au moment où je m’avais donné et m’étais contenté, avec mes petits camarades de Bouhsina, de la simple suivante réponse : « le nom du Bouhsina n’est autre qu’un anthroponyme : « Bou Hssina » c’est-à-dire « le père de Hssina », et ce pour désigner, là où habitait ce père dont la fille Hssina était très probablement une fille très connue pour une vertu qui m’était totalement inconnue ». L’évolution de mes préoccupations, ainsi que l’impression d’avoir la bonne réponse, donc inconsciemment la possibilité de m’en passer de reposer de nouveau la même question, avaient fait en sorte que je ne me l’avais plus posé, cette question sur les origines du nom de Bouhsina, et ce jusqu’à cette discussion interpellante avec mon ami Anouar Safta qui appuyait son postulat par la présence de plusieurs vestiges dans ce quartier, Les catacombes, le rocher renversé ( الحجرة المقلوبة). Mais en réalité il était en train de prêcher un « presque convaincu ».

En lisant un article du Dr Mohamed Hcine Fantar, paru en langue arabe au magazine Al Hayat Athaqafia – la vie culturelle – numéro double 69-70 année 1995, page 28, dont le titre est « Les dires du Sahel à la lumière des anciens textes et des vestiges » ( حديث الساحل على ضوء النصوص القديمة و الأطلال ), et en étalant les différentes variations du nom de Byzacène, présentées dans cet article, en l’occurrence : Busâqis ou Bustis, ou Byzacium et Buzacium ou Byzacenis et Byzacène ou plutôt Byzacena qui est plus proche de la langue latine. Puis en procédant à un remplacement transtextuel de la lettre Y de Byzacena par la lettre U, et ce en se référant au cas de Byzacium / Buzacium ( dans ce dernier cas la lettre U a remplacé la lettre Y ), alors nous aurons le mot Buzacena, ou Bouzacéna qui a presque la même sonorité que le mot Bouhsina ( Bouzacéna / Bouhsina ).
Les arabes qui avaient vécu à Sousse, avaient certainement arabisé sa toponymie. De plus, dans un contexte linguistique dominé après l’expansion de l’empire musulman, par la langue arabe, et où les anciennes cultures et langues se diluaient petit à petit dans la nouvelle langue du pays, surtout après l’islamisation de la Tunisie et l’adoption de ses habitants de la langue arabe, celle du saint Coran. On a cherché certainement à prononcer les mots étrangers à la langue arabe en les rapprochant de quelconques sens arabes, « Buzacena » ne présentait certainement pas une exception, chose qui aurait pu donner le mot « Bouhsina », qui certainement n’a rien à voir avec « le père de Hssina ». exactement comme Tunis ou « Tounes » ( تونس ) qui n’a rien à voir avec « Toôness » ( تؤنس ), qui en langue arabe signifie accompagne et réconforte, car tout simplement le mot Tounes trouve fort probablement – avant d’être arabisé – ses sources toponymiques dans les mots berbères, « Tensa » « lieu encaissé », ou « Tensaout » « lieu bas entouré de hauteurs » dont le pluriel est « Tinsoin », d’autant plus que ces termes sont des noms de villages en Kabylie (Algérie).(8)

De ce point de vue, l’histoire du nom de Bouhsina pourrait ressembler à celle du nom de Tounes ( Tunis ), et à bien d’autres noms de lieux en Tunisie. et ce surtout, par rapport aux attributions sémantiques arabes – consolidées au fil du temps – à des termes non arabes ayant initialement des sens différents, comme par exemple et dans un autre registre, le mot « Hanna » qui signifie grand-mère, utilisé dans plusieurs régions du Sahel, surtout dans les petites villes et villages ainsi que dans la campagne sahélienne ( il est pareillement utilisé dans plusieurs autres régions en Tunisie ). qui est un mot berbère – tirant ses sources linguistiques et sémantiques du berbère -, et qui a été toujours utilisé par une partie des Tunisiens pour dire « grand-mère » , – exactement comme le mot berbère « Lella » pour dire Madame- et non pas, un mot ayant des sources arabes émanant du mot arabe Hanène ( حنان ), qui signifie tendresse.

Revenons à mon quartier pour souligner qu’il faut certainement, et même si on se fierait à cette hypothèse toponymique à savoir Bouhsina/Bouzacena, se demander, en revanche, à quelle époque exactement on lui a donné le nom de Bouhsina, dans sa version arabisée ( actuelle)?, et comment le nom d’une région à savoir Byzacène, ou plutôt « Byzacena », et dans notre cas « Buzacena » pouvait être attribué à un quartier ou à une partie de la ville de Justinia ( Sousse )?, même si cette dernière était la capitale de toute la province de byzacène. Mais d’un autre côté, Tounes, la ville, a pu donner son nom à Tounes, le pays, parfaitement comme « Ifriqia » ou « Afriqia », qui a prêté son nom à tout le continent.

Par Noureddine Messaoud, lundi 3 août 2009

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– (1) d’après Wikipédia : le Sahel
– (2), (3), (4), (5), (6) : d’après le même article de Dr Mohamed Hcine Fantar
– (7) d’après les anciennes Cartes géographiques de la Tunisie
– (8) d’après une publication de Henri Banus

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