Chroniques d’une révolution : La Tunisie des 55, des (23+31), ou des (14+17+23) ?

par Noureddine Messaoud, dimanche 6 mars 2011, 03:08

Juste après la victoire du peuple Tunisien sur le dictateur, certaines voix n’ont pas cessé d’attaquer et de mettre en doute les 55 ans de l’indépendance et non seulement les 23 ans du régime mafieux de Ben Ali.

Il ne serait pas juste – de justice et de justesse -, ni objectif de mélanger les 23 aux 55, c’est à dire l’ère Bourguiba à l’ère Ben Ali. Il est certain que Bourguiba avait échoué à mettre les fondements de la pratique démocratique, avait persisté à être autocrate, et était injuste envers des personnes et des partis. Néanmoins il était un réformiste politique et social, Père fondateur de la république Tunisienne moderne, et porteur d’un projet social et civilisationnel pour les Tunisiens. Tandis que son prédécesseur, n’était qu’un piètre et qu’un mafieux.

La Tunisie de l’après 14 janvier 2011, devrait rompre totalement avec le régime mafieux de Ben Ali, mais il lui serait utile de construire sa seconde république sur les points lumineux de l’héritage Bourguibien, car il lui faudrait une assise, des repères et des points d’ancrages nécessaires pour sa continuité en tant qu’entité civilisationnelle. La jeune république tunisienne de l’indépendance avait construit sur les points lumineux de l’héritage beylical , elle avait adopté le drapeau tunisien de la Tunisie Husseinite, elle avait conservé la même capitale Tunis, elle s’était établie sur la même surface géographique, et elle s’était abonnée aux principes réformistes de Khaireddine Bacha Ettounsi et de Ahmed Bacha Bey.

Avec toutes les réserves qu’on pourrait émettre à l’égard de Bourguiba, nonobstant, on ne pourrait jamais accepter qu’on offense sa mémoire, celle du fondateur de la Tunisie moderne, dénigrer Bourguiba pour des motifs de régionalisme ou d’idéologisme et nier conséquemment ses apports révolutionnaires de réformiste et de moderniste, serait comme fuir l’objectivité et l’histoire et manifester une sorte d’ingratitude envers un symbole important de la Tunisie moderne.

Bourguiba croyais à la démocratie mais n’était pas « pratiquant » !

On pourrait estimer que Bourguiba croyait intellectuellement à la démocratie, et ce en se rapportant à ses références culturelles, à son admiration pour la civilisation occidentale et les idéaux de la révolution française, mais surtout à ses idées manifestées dans la constitution tunisienne et dans le code de statut personnel, son combat pour l’égalité de la femme dans la société étant au coeur de l’idée démocratique. Toutefois, l’époque de Bourguiba était caractérisée par un contexte objectif retardant voire même freinant l’émergence d’une vraie démocratie au lendemain de l’indépendance, avec tout ce que la démocratie pouvait générer en terme de justice politique, sociale et régionale. A ce propos, et outre la prédisposition psychologique de Bourguiba, distinguée par une mégalomanie et un égo démesuré, facilitant sa tendance à l’autocratie; il serait essentiel, par ailleurs, de se rendre compte également des facteurs, conditions, circonstances, et conjonctures historiques, objectifs, contribuant à ce que Bourguiba ne parvînt pas à être l’homme de la démocratie ; comme il l’avait été pour l’indépendance et la fondation de la république :

1/ Une population Tunisienne caractérisée par l’analphabétisme, la pauvreté, le sous-développement, et  par le tribalisme et le régionalisme. 2/ Le danger de l’instabilité provoquée par la crise politique du conflit Bourguiba-Ben Youssef. 3/ Une légitimité militante et révolutionnaire fédératrice de tout le peuple au leader et au parti unique. 4 Une tentative de coup d’état et d’assassinat du président de la république.

‎5/ Une priorité Bouguibienne à l’union nationale Tunisienne, contre les séditions, ce qui pourrait expliquer la crainte de Bourguiba de tout pluralisme. 6/ Une conjoncture historico-politique caractérisée par l’existence de plusieurs dictatures en occident et en orient, Franco en Espagne , Nasser en Egypte, Boumedien en Algérie, Juan Perón en Argentine,… et ce pour dire que la démocratie n’était pas  « à la mode ». les Tunisiens des années soixante, hostiles à Bourguiba et admirateurs de Nasser, ne revendiquaient aucunement la démocratie.

Certes, Bourguiba avait raté tous les rendez-vous pour initier la démocratie en Tunisie. Avec le temps il s’était attaché avec acharnement au pouvoir, avait cultivé le culte de sa personne, et avait écrasé avec l’aide de ses partisans et de son parti toutes les voix opposantes. Bourguiba avait gouverné une décennie et demi de plus, pendant laquelle, il avait installé une autocratie, tantôt patriarcale, tantôt dictatrice. et avait usé de tout son charisme, son intelligence, sa culture et son savoir faire politicien pour s’éterniser à la présidence. Néanmois sans Bourguiba la Tunisie aurait été orpheline d’un leader exceptionnel, d’un homme politique hors normes, d’un réformiste social révolutionnaire et d’un visionnaire, Sans Bourguiba, la Tunisie aurait été certainement différente, mais aurait-elle été meilleure ?

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